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Pratique & Jugements

Mises en demeure greenwashing 2026

Affaires réelles. Jugements réels. Enseignements réels. De Katjes à TotalEnergies — procédures de greenwashing marquantes et groupes de cas types de ces dernières années, analysés de façon compacte. Plus : ce que les jugements ont en commun, comment protéger votre entreprise et quelles mesures immédiates s'appliquent en cas de mise en demeure.

Dernière mise à jour : 15 avril 2026

Sommaire

Acteurs

Qui émet en réalité des mises en demeure ?

En France, quatre groupes sont actifs. Ils se distinguent par leur méthode, leurs valeurs litigieuses et leur disposition à négocier. Qui émet la mise en demeure détermine la stratégie de défense.

DGCCRF (Direction générale)

Autorité française de protection des consommateurs et de la concurrence. Contrôle les pratiques commerciales trompeuses, y compris les allégations environnementales, sur le fondement du Code de la consommation.

Associations de consommateurs agréées

UFC-Que Choisir, CLCV et autres associations agréées. Poursuivent tant de façon extrajudiciaire (mise en demeure) que devant les tribunaux. Compétence renforcée par le Code de la consommation.

Associations environnementales

Organisations environnementales agréées. Compétence reconnue par la loi depuis les directives européennes. Priorité : phénomènes de masse comme le scoring publicitaire et les allégations climatiques.

Concurrents

Les concurrents directement concernés ont un droit à l'injonction (Code de la consommation). Plus fréquent sur les marchés B2B que contre les associations publiques. Valeurs litigieuses élevées habituelles.

Perspective de droit de l'UE : La directive (UE) 2024/825 sera applicable dans toute l'UE à partir du 27 septembre 2026. En France, elle n'est pas encore transposée ; le droit national en vigueur (Code de la consommation) et la directive elle-même font foi. Peuvent agir, notamment, les concurrents, les associations agréées et la DGCCRF.

Risque financier

Combien coûte une mise en demeure ?

Une mise en demeure pour greenwashing est rarement un poste unique — elle se compose de plusieurs éléments. Voici le calcul des coûts typique pour les entreprises de taille moyenne.

1 500–4 000 €

Frais d'avocat pour mise en demeure

Mise en demeure extrajudiciaire d'une association de consommateurs agréée ou de la DGCCRF. Calculé sur la valeur litigieuse (typiquement 25 000–50 000 euros).

5 000–10 000 €

Pénalité contractuelle par récidive

Composante obligatoire de toute déclaration de cessation. Due à chaque violation de la déclaration. En cas de récidive, le montant double souvent.

à partir de 25 000 €

Valeur litigieuse par infraction

Dans les actions pour concurrence déloyale, la valeur litigieuse est généralement fixée à partir de 25 000 euros, ce qui détermine les frais et honoraires. En France, la directive (UE) 2024/825 n'est pas encore transposée ; le droit national en vigueur s'applique.

à partir de 6 000 €

Frais de justice et d'avocat pour procès

Si l'affaire va en justice. Valeur litigieuse à partir de 25 000 euros, incluant les frais d'avocat des deux parties et les frais de justice. Trois instances coûtent régulièrement à six chiffres.

Études de cas

Huit affaires qui ont façonné le droit du greenwashing en Europe

Chaque affaire suit la même structure : faits, procédure, enseignement. Au centre se trouve l'arrêt Katjes du BGH — la décision de référence allemande de 2024 (décision nationale) pour les procédures ultérieures en Allemagne.

Affaire 1 / 8

Katjes Fassin GmbH

Interdit
Secteur
Fabricant de confiseries
Période
2021–2024
Numéro de dossier
BGH I ZR 98/23 (27.06.2024 — jurisprudence allemande, décision nationale)
Allégation contestée
« Depuis 2021, Katjes produit tous ses produits de façon climatiquement neutre »

Les faits

La Wettbewerbszentrale (organisation allemande de lutte contre la concurrence déloyale) a poursuivi en 2021 le fabricant de confiseries Katjes pour la publicité « Depuis 2021, Katjes produit tous ses produits de façon climatiquement neutre ». Le terme figurait sur les emballages, dans des annonces de magazines spécialisés et sur le site web. La neutralité climatique réelle était atteinte non pas par la réduction de CO₂, mais presque exclusivement par l'achat de certificats de protection du climat. Sur l'emballage lui-même, il n'y avait aucune indication à ce sujet — seulement un QR code menant à un site web externe.

Le parcours judiciaire

En première instance, Katjes a obtenu gain de cause. En 2023, la cour d'appel (OLG Düsseldorf) a elle aussi donné raison à Katjes et confirmé le rejet de la demande. La Wettbewerbszentrale s'est pourvue en cassation. Le 27 juin 2024, la Cour fédérale de justice allemande (BGH, Az. I ZR 98/23) a annulé l'arrêt d'appel et décidé : le terme « climatiquement neutre » est ambigu. Les consommateurs ne distinguent généralement pas entre une réduction effective des émissions et des mesures de compensation. L'information doit donc déjà figurer dans la publicité elle-même — un lien vers le site web ne suffit expressément pas.

L'enseignement

Cette jurisprudence allemande de référence (décision nationale, sans effet contraignant hors d'Allemagne) est devenue la décision fondatrice pour la publicité neutre en climat en Allemagne. C'est la directive EmpCo (UE 2024/825), applicable dans toute l'UE à partir du 27 septembre 2026, qui interdira à l'échelle européenne de qualifier un produit de neutre en climat sur la seule base de la compensation. En France, les allégations climatiques relèvent du Code de la consommation (art. L121-2) et de la loi Climat et Résilience. Concrètement, cela signifie : sans explication claire dans le contexte immédiat de la publicité, des termes comme « climatiquement neutre », « neutre en CO₂ » ou « climatiquement positif » sont déloyaux.

Enseignement de cette affaire

L'information doit figurer dans la publicité elle-même. Les QR codes et les liens vers des sites web ne suffisent pas.

Affaire 2 / 8

TotalEnergies Wärme & Kraftstoff Deutschland GmbH

Interdit
Secteur
Fourniture d'énergie
Période
2022–2023
Numéro de dossier
LG Düsseldorf 38 O 92/22 (24.03.2023)
Allégation contestée
« Fioul domestique CO₂-compensé » pour les clients particuliers

Les faits

TotalEnergies commercialisait auprès des clients particuliers un fioul domestique « CO₂-compensé » avec une promesse de neutralité climatique. La promesse : les émissions de CO₂ générées par la combustion seraient compensées par des projets certifiés de protection du climat — principalement des projets de reboisement en Amérique du Sud et en Afrique. La Deutsche Umwelthilfe (DUH) a saisi en 2022 le Landgericht Düsseldorf pour publicité trompeuse. Point de critique : la combustion de fioul génère nécessairement des gaz à effet de serre. La promesse de neutralité climatique serait donc contradictoire en elle-même.

Le jugement

Le tribunal a donné raison au demandeur le 24 mars 2023 (réf. 38 O 92/22). Motivation : les projets de compensation faisant l'objet de la publicité ne pouvaient pas prouver l'effet allégué. Les projets de reboisement n'absorbent le dioxyde de carbone que sur des décennies et sont menacés par les incendies, les parasites ou les défrichements prématurés. Une neutralité climatique immédiate ne serait pas atteignable de cette façon. Le tribunal a interdit la publicité sous peine de sanction.

L'enseignement

Les projets de compensation sont soumis à un contrôle strict. Tous les certificats ne résistent pas à l'examen des tribunaux — en l'espèce au regard du droit allemand de la concurrence déloyale (UWG). En particulier, les projets à longue durée de liaison (reboisement, renaturation) ne sont pas adaptés, selon le tribunal, pour fonder une neutralité climatique actuelle.

Enseignement de cette affaire

La neutralité climatique des combustibles fossiles par compensation est juridiquement risquée — les projets de reboisement sont particulièrement critiqués.

Affaire 3 / 8

dm-drogerie markt

Interdit
Secteur
Droguerie / Biens de consommation
Période
2022–2024
Numéro de dossier
LG Karlsruhe 13 O 46/22
Allégation contestée
« Produit neutre pour l'environnement » sur les marques propres

Les faits

La chaîne de drogueries dm a commencé à apposer en 2021 le label vert « produit neutre pour l'environnement » sur de nombreux produits de ses marques propres (Balea, denkmit, alverde). Le terme était une création propre en collaboration avec la société de conseil ClimatePartner. Les émissions de CO₂ sur l'ensemble du cycle de vie étaient prises en compte, compensées par des projets de protection du climat et des mesures d'« insetting ». La Deutsche Umwelthilfe (DUH) a poursuivi en 2022 pour tromperie.

Le jugement

Le Landgericht Karlsruhe (réf. 13 O 46/22) a interdit la publicité avec le terme « neutre pour l'environnement ». Motivation : le terme suggère un effet global sur tous les biens environnementaux protégés (sol, eau, biodiversité, climat). Cela ne peut pas être représenté par une simple compensation CO₂. D'autres impacts environnementaux comme les microplastiques, la consommation d'eau ou l'eutrophisation manquaient totalement dans le calcul. La publicité était donc trompeuse.

L'enseignement

Des termes comme « neutre pour l'environnement », « neutre pour la nature » ou « durable » sont encore plus problématiques au sens du Code de la consommation française que « climatiquement neutre », car ils font une promesse encore plus large. La directive EmpCo répertorie ces termes à partir de 2026 comme interdits par défaut — ils ne peuvent être utilisés que si l'ensemble de l'entreprise gère effectivement de façon neutre.

Enseignement de cette affaire

Les promesses environnementales générales sont juridiquement plus risquées que les déclarations climatiques concrètes — elles exigent des preuves sur tous les biens environnementaux.

Affaire 4 / 8

Compensation CO₂ dans le transport aérien (groupe de cas)

Juridiquement risqué
Secteur
Transport aérien
Période
en cours
Numéro de dossier
Groupe de cas typique (annexe I n° 4c dir. PCD, version EmpCo [UE 2024/825])
Allégation contestée
Vol « neutre en CO₂ » via compensation

Les faits

Dans ce groupe de cas, les clients peuvent lors de la réservation rendre leur vol « climatiquement neutre » moyennant un supplément. Promesse : utilisation de SAF (Sustainable Aviation Fuel) plus compensation via des projets de reboisement. Des associations de consommateurs contestent une telle publicité comme trompeuse, la part du SAF étant minime et le reste relevant de projets de compensation controversés.

L'appréciation juridique

La promesse d'un vol climatiquement neutre via compensation est jugée trompeuse, car les projets de reboisement ne peuvent pas prouver de façon fiable la neutralité climatique alléguée. Tribunaux et associations de consommateurs agissent de plus en plus contre la publicité climatique fondée sur la compensation. La directive 2024/825 (EmpCo) précise que la publicité avec des émissions de gaz à effet de serre compensées est interdite à partir du 27 septembre 2026 dans toute l'UE.

L'enseignement

Les secteurs avec des émissions naturellement élevées (aviation, navigation, industrie lourde) sont particulièrement dans la ligne de mire des plaignants. Les solutions supposées via la compensation ou l'ajout minimal de SAF ne résistent guère aux exigences juridiques.

Enseignement de cette affaire

Dans les secteurs à fortes émissions, la compensation ne suffit pas — consommateurs et tribunaux attendent une réduction réelle.

Affaire 5 / 8

H&M Hennes & Mauritz

Contesté juridiquement
Secteur
Habillement / Fast Fashion
Période
2019–2023
Numéro de dossier
Procédure administrative (Pays-Bas, ACM)
Allégation contestée
« Conscious Collection » / Labels de durabilité avec score

Les faits

H&M a commercialisé la « Conscious Collection » comme ligne de produits durables et a apposé sur des produits individuels des scorecards de durabilité : des pourcentages sur la réduction de la consommation d'eau ou des émissions de CO₂ par rapport aux produits conventionnels. L'autorité néerlandaise de la consommation et des marchés ACM a contesté ces déclarations comme peu claires et insuffisamment étayées ; H&M s'est alors engagée à adapter ou à cesser de telles indications. Dès 2019, l'autorité norvégienne de protection des consommateurs avait critiqué la publicité de durabilité de la ligne.

La procédure

Ont été contestées des indications comparatives de durabilité sans méthode de calcul suffisamment transparente et vérifiable. Deux actions collectives américaines contre la publicité Conscious ont été rejetées ou retirées en 2023 ; les procédures administratives européennes ont marqué le débat sur la régulation des allégations environnementales à l'échelle de l'UE.

L'enseignement

Le scoring de durabilité est très sensible. Quiconque indique des valeurs comparatives doit être méthodiquement transparent et vérifiable. La directive EmpCo applicable à partir de 2026 stipule : de telles comparaisons ne sont autorisées que si la méthode de calcul est publiquement accessible et que les données ont été auditées de façon externe.

Enseignement de cette affaire

Les scores de durabilité exigent des méthodes de calcul publiquement traçables et des audits externes.

Affaire 6 / 8

Carburant « neutre en CO₂ » (groupe de cas)

Juridiquement risqué
Secteur
Pétrole
Période
en cours
Numéro de dossier
Groupe de cas typique (annexe I n° 4c dir. PCD, version EmpCo [UE 2024/825])
Allégation contestée
Compensation CO₂ aux stations-service / faire le plein « neutre en CO₂ »

Les faits

Dans ce groupe de cas, les clients particuliers peuvent payer un supplément par litre lors du plein pour « compenser » les émissions de CO₂ de leur carburant. Les émissions compensées vont vers des projets de protection du climat, principalement des programmes REDD+ de reboisement. Des associations de consommateurs agissent contre une telle publicité pour caractère trompeur.

L'appréciation juridique

La publicité « neutre en CO₂ » fondée sur la compensation est jugée trompeuse, car les projets de compensation sous-jacents ne peuvent pas prouver de façon fiable l'effet climatique allégué. En particulier, les projets REDD+ font l'objet depuis des années de critiques scientifiques en raison du manque d'additionnalité.

L'enseignement

Les modèles de paiement pour compenser sont non seulement critiqués en droit de la concurrence — ils constituent un risque de réputation. La directive EmpCo interdit à partir de 2026 explicitement la publicité avec « neutralité climatique par compensation ».

Enseignement de cette affaire

Les modèles de paiement pour compenser sont interdits dans toute l'UE à partir de 2026 — également risqués pendant la période de transition.

Affaire 7 / 8

Aliments « climatiquement neutres » (groupe de cas)

Juridiquement risqué
Secteur
Restauration
Période
en cours
Numéro de dossier
Allégations de neutralité climatique sur les aliments (exemple général)
Allégation contestée
Aliments « climatiquement neutres » via compensation

Les faits

Des chaînes de restauration rapide ont fait la publicité de produits individuels comme « climatiquement neutres », avec un label garantissant que les émissions de la production et de la logistique seraient compensées par des projets de compensation. De telles allégations pour des aliments à forte empreinte climatique ont fait l'objet à plusieurs reprises de critiques publiques et juridiques.

L'appréciation juridique

Le point de critique : la chaîne d'approvisionnement des produits animaux (en particulier le bœuf) génère d'importantes émissions de gaz à effet de serre. Une simple compensation ne satisfait pas aux attentes créées chez le consommateur par le terme « climatiquement neutre ». De telles allégations de neutralité climatique fondées sur la compensation sont considérées comme trompeuses.

L'enseignement

Les aliments avec une forte empreinte climatique (bœuf, agneau, produits laitiers) ne peuvent pas être « neutralisés » par compensation. La directive EmpCo répertorie à partir de 2026 de telles allégations explicitement comme interdiction par défaut. Conséquence : communiquer de vraies mesures de réduction plutôt que des allégations de neutralité.

Enseignement de cette affaire

Les produits animaux et les allégations de neutralité climatique sont un mélange toxique — les autorités de surveillance sévissent dans le monde entier.

Affaire 8 / 8

IKEA / Inter IKEA Systems

Critique publique
Secteur
Meubles / Bois
Période
2020–2025
Numéro de dossier
Enquêtes d'ONG (pas de procédure judiciaire)
Allégation contestée
« Sustainable Forestry » / Bois certifié FSC

Les faits

IKEA fait la publicité de « forêts gérées durablement » comme source de bois et de l'utilisation de bois certifié provenant de sylviculture contrôlée. Des enquêtes d'organisations non gouvernementales (dont Earthsight) ont soulevé le reproche selon lequel certaines parties de la chaîne d'approvisionnement ne correspondaient pas à cette promesse générale de durabilité. Aucune décision de justice ni procédure administrative sur ces reproches n'est connue ; IKEA conteste ces reproches.

L'appréciation juridique

Au cœur du débat public se trouvait la question de savoir si des déclarations de durabilité générales sur l'ensemble de la gamme de produits sont tenables sans transparence totale de la chaîne d'approvisionnement. Du point de vue des critiques, les certifications (telles que FSC, PEFC) ne remplacent pas non plus un contrôle continu.

L'enseignement

Les déclarations de durabilité générales sur l'ensemble de la gamme de produits ne sont pas tenables sans transparence totale de la chaîne d'approvisionnement. Même les grandes marques avec des certifications (FSC, PEFC) peuvent être prises en défaut dans des cas individuels — des contrôles par sondage ne suffisent pas. De telles déclarations générales devraient être étayées de façon vérifiable sur l'ensemble de la chaîne d'approvisionnement.

Enseignement de cette affaire

Les certificats ne valent que ce que vaut leur contrôle. Les allégations de durabilité générales sur des gammes entières de produits sont très risquées.

Contexte

Comment en est-on arrivé à la vague de procès ?

Le contexte d'un tournant qui est apparu dans toute sa dureté au plus tard en 2024 — et qui s'accélère encore à partir de 2026.

Jusqu'à environ 2018, la publicité liée au climat était considérée comme un no man's land juridique. Des termes comme « climatiquement neutre » ou « durable » étaient des formules vides pratiquement non protégées, utilisées librement par les services marketing. Les premières poursuites de quelques organisations de consommateurs sont restées largement sans conséquences. Les tribunaux décidaient de façon non uniforme, souvent en faveur des annonceurs.

Le tournant est venu entre 2020 et 2022. Les associations de consommateurs et les autorités nationales ont massivement renforcé leurs équipes juridiques et ont engagé systématiquement des procédures dans les secteurs de la distribution, de l'automobile, de l'aviation et de l'énergie. Parallèlement, l'étude de la Commission européenne sur le marché du greenwashing est parue en 2022 : selon elle, plus de 50 % des déclarations publicitaires liées à l'environnement en Europe étaient fausses ou trompeuses.

Un repère important a été l'affaire Katjes (jurisprudence allemande de référence du 27 juin 2024 — décision nationale, contraignante uniquement en Allemagne). Elle a fixé le principe : l'information doit figurer dans la publicité elle-même — les liens ne suffisent pas. Depuis lors, de nombreuses procédures ultérieures en Allemagne citent cette décision. La Commission européenne a adopté en février 2024 la directive EmpCo (2024/825). Elle s'applique à partir du 27 septembre 2026 dans toute l'UE et transpose ce principe dans le droit européen uniforme.

Ce qui valait il y a cinq ans comme vocabulaire marketing légal fait aujourd'hui régulièrement l'objet de procédures coûteuses. Quiconque fait encore de la publicité en 2026 avec « climatiquement neutre » ou « durable » sans fournir de preuves précises risque des mises en demeure, des amendes administratives et des atteintes à la réputation — et ce à une vitesse qui surprendra toute feuille de route marketing.

Identifier les tendances

Ce que les huit jugements ont en commun

Au-delà des faits individuels, des tendances claires se dessinent. Qui les connaît peut évaluer lui-même le risque dans sa propre publicité.

01

L'information doit figurer dans la publicité elle-même

Principe fondamental établi par la jurisprudence de référence de 2024. Les liens vers le site web ou les QR codes ne suffisent pas. Les consommateurs doivent comprendre sans cliquer si une promesse climatique découle d'une réduction réelle ou d'une compensation.

02

La compensation n'est pas un passe-droit

Dans plusieurs procédures, l'argument « compensation = neutralité climatique » a échoué ; tribunaux et associations de consommateurs agissent contre la publicité climatique fondée sur la compensation. La directive EmpCo 2026 rejette elle aussi les allégations de compensation comme outil de commercialisation.

03

Les termes généraux sont plus risqués que les termes spécifiques

« neutre pour l'environnement » est juridiquement plus problématique que « climatiquement neutre » parce que plus large. Plus la promesse est large, plus la preuve est difficile et plus le risque de mise en demeure est élevé.

04

Secteurs à fortes émissions sous surveillance particulière

Aviation, pétrole, fast fashion et produits animaux — ces secteurs sont ciblés par des plaignants. Une violation de conformité y est statistiquement plus souvent découverte.

05

Allégations spécifiques et prouvables plutôt que slogans généraux

Les allégations environnementales générales sans preuve d'une performance environnementale supérieure sont visées par l'annexe au § 3 al. 3 UWG (n° 4a, droit allemand). Ce qui est juridiquement déterminant, c'est de savoir si une allégation est suffisamment concrète et étayée. Exemple à titre illustratif : une formule comme « Nous faisons beaucoup pour l'environnement » reste non étayée, tandis qu'une donnée chiffrée comme « réduction de CO₂ de 28 % par rapport à 2019, validée par un auditeur » remplit l'exigence de substantiation.

06

Les anciens contenus sont également examinés

Les autorités de concurrence et les associations de consommateurs exploitent les publicités archivées via archive.org. Un slogan publié en 2022 peut faire l'objet d'une mise en demeure en 2026 s'il est encore en ligne. Conséquence : nettoyage conséquent de toutes les archives, contrôles réguliers dans Wayback Machine et Google Cache. Les anciens PDF, téléchargements de brochures et communiqués de presse sont des lieux de découverte particulièrement fréquents pour les anciennes promesses climatiques.

07

Le B2B est plus touché — mais de façon sélective

Dans les activités B2B, ce sont plus souvent des concurrents que des associations qui émettent des mises en demeure. Les valeurs litigieuses sont ici nettement plus élevées (50 000 à 250 000 euros). Particulièrement risquées : les présentations et les appels d'offres dans lesquels des déclarations de greenwashing procurent un avantage concurrentiel — le concurrent évincé poursuit ensuite régulièrement.

Prévention

Comment protéger mon entreprise ?

Cinq mesures immédiates concrètes — applicables dans les 14 prochains jours, sans conseillers externes.

1

Inventaire de toutes les déclarations publicitaires

Établissez un inventaire complet de toutes les déclarations liées à l'environnement — sur le site web, dans les brochures, sur les emballages, dans les e-mails, newsletters et publications sur les réseaux sociaux. Utilisez notre Greenwashing-Check pour une pré-analyse automatique de votre domaine.

2

Comparer avec la liste des interdictions de la directive EmpCo

Interdits par défaut à partir du 27 septembre 2026 : « climatiquement neutre », « neutre pour l'environnement », « sans CO₂ », « durable » sans spécification, « vert », « Eco ». Remplacez ces termes par des déclarations concrètes avec des chiffres, une année de référence et une base de calcul.

3

Déposer des preuves — et les rendre vérifiables

Chaque déclaration liée à l'environnement nécessite une preuve. Idéal : un document accessible publiquement (rapport d'audit, certificat ISO-14064, analyse du cycle de vie) — directement lié depuis la publicité. Durée de conservation : au moins 5 ans.

4

Commander un audit externe

Avant toute campagne marketing importante avec référence environnementale : contrôle de conformité externe par un cabinet ou une agence spécialisée. Coût 800–3 500 euros selon l'ampleur de la campagne — 10 fois moins cher qu'une procédure de mise en demeure.

5

Mettre en place une surveillance

Un audit unique ne suffit pas. Les employés du marketing et du développement produit créent quotidiennement de nouveaux contenus. Un outil de surveillance de conformité comme Empcora scanne votre domaine hebdomadairement ou quotidiennement — vous êtes immédiatement notifié des mentions identifiées, avant que des concurrents ou des associations ne les découvrent.

Guide de crise

Que faire en cas de mise en demeure ?

Six étapes que tout dirigeant et responsable marketing doit connaître. Respecter l'ordre — les erreurs dans les premières 48 heures se consolident juridiquement par la suite.

  1. Étape 1

    Retirer immédiatement la publicité

    Première mesure après réception de la mise en demeure : supprimer la déclaration contestée du site web, des réseaux sociaux, des modèles d'e-mail et des supports imprimés. Vérifier également les anciennes versions en cache (Google Cache, archive.org). Sauvegarder des captures d'écran de la suppression avec horodatage.

  2. Étape 2

    Contacter un avocat spécialisé en droit de la concurrence

    Ne jamais négocier directement avec le cabinet adverse. Ne pas non plus signer soi-même la déclaration de cessation — une déclaration modifiée est généralement moins coûteuse et plus sûre. Les avocats spécialisés en droit de la concurrence se trouvent via le Conseil national des barreaux (CNB) ou les barreaux régionaux.

  3. Étape 3

    Respecter le délai — mais ne pas agir précipitamment

    Le délai fixé dans la mise en demeure (typiquement 7–14 jours) doit être respecté — sinon une injonction provisoire aux coûts décuplés menace. Mais dans ce délai, un avocat doit toujours être consulté. En cas de manque de temps : demander une prolongation de délai par écrit.

  4. Étape 4

    Documenter les faits en interne

    Qui a rédigé la publicité ? Quelles preuves internes existaient ? Quand a-t-elle été publiée ? Cette documentation est la base de la défense juridique et des processus d'apprentissage internes. Conservation pendant au moins 10 ans.

  5. Étape 5

    Examiner une déclaration de cessation modifiée

    La déclaration de cessation préformulée du cabinet adverse est régulièrement trop large. Un avocat peut préparer une variante restreinte qui ne porte que sur la déclaration concrète — pas sur tout le domaine thématique.

  6. Étape 6

    Après la crise : audit de conformité pour l'ensemble de la communication

    Une mise en demeure indique généralement un problème systémique. Faites auditer l'ensemble de votre communication marketing après règlement de l'affaire — sinon la prochaine mise en demeure suivra en quelques semaines.

Chiffres & tendances

Procès greenwashing 2024–2026

Indicateurs de contexte issus du bilan intermédiaire publié par la Deutsche Umwelthilfe sur ses procédures contre la publicité climatique trompeuse. Preuves et source via la référence liée.

92
Procédures judiciaires de la DUH contre le greenwashing (depuis mai 2022)
48
dont autant se sont terminées par une déclaration de cessation
12
décisions de justice en faveur de la DUH

Quelle: Deutsche Umwelthilfe (DUH), Zwischenbilanz nach 92 Rechtsverfahren zu irreführender Werbung mit angeblich klimaneutralen Produkten.

Perspective : directive (UE) 2024/825 à partir du 27 septembre 2026

La directive (UE) 2024/825 sera applicable dans toute l'UE à partir du 27 septembre 2026. Plusieurs des cas alors pertinents — par exemple sur les allégations environnementales génériques ou les labels de durabilité — se rattachent à des formulations clairement identifiables, qui peuvent aussi être vérifiées dans sa propre publicité. Jusqu'à sa transposition en France, le droit de la concurrence en vigueur s'applique.

Questions fréquentes

Réponses sur les mises en demeure greenwashing

Qui peut émettre une mise en demeure pour greenwashing ?
En France, peuvent agir : la DGCCRF (Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes), les associations de consommateurs agréées comme l'UFC-Que Choisir et la Confédération de la consommation, du logement et du cadre de vie (CLCV) ainsi que les concurrents directs, sur le fondement du Code de la consommation. La directive (UE) 2024/825 sera applicable dans toute l'UE à partir du 27 septembre 2026 ; en France, elle n'est pas encore transposée, de sorte que le droit national en vigueur et la directive elle-même font foi.
Combien coûte une mise en demeure pour greenwashing en moyenne ?
Une mise en demeure extrajudiciaire d'une association de consommateurs ou de la DGCCRF coûte en moyenne 1 500 à 4 000 euros de frais d'avocat plus une pénalité contractuelle (5 000 à 10 000 euros par récidive). Si l'affaire va en justice, des valeurs litigieuses à partir de 25 000 euros s'ajoutent. Les affaires coûteuses avec procès en appel passent par plusieurs instances et coûtent à six chiffres.
Que signifie l'affaire Katjes pour mon entreprise ?
L'affaire Katjes (jurisprudence allemande de référence : BGH I ZR 98/23 du 27.06.2024 — décision nationale) est une lecture obligatoire. La Cour suprême allemande a décidé : quiconque fait de la publicité avec « climatiquement neutre » doit déjà informer dans la publicité elle-même si c'est par réduction de CO₂ ou par simple compensation. Un lien vers le site web ne suffit pas. Ce principe a été intégré dans la directive EmpCo 2024/825 qui s'appliquera en France à partir du 27 septembre 2026.
Une compensation CO₂ m'aide-t-elle à repousser des accusations de greenwashing ?
Non, bien au contraire. Des associations de consommateurs et environnementales agréées poursuivent systématiquement depuis 2022 des entreprises qui font de la publicité avec « climatiquement neutre par compensation », et les tribunaux ont accueilli de telles contestations. À partir du 27 septembre 2026 (Directive EmpCo), les allégations de compensation sont complètement interdites. Les entreprises doivent à la place indiquer une réduction réelle plus les quantités résiduelles précises.
Suis-je personnellement responsable en tant que dirigeant ?
Le droit de la consommation et de la concurrence déloyale vise en premier lieu l'entreprise à l'origine de la publicité. La question de savoir si et dans quelle mesure des dirigeants peuvent en outre être personnellement mis en cause dépend de chaque cas d'espèce. Une assurance D&O ne couvre souvent pas les poursuites pour greenwashing — vérifiez votre police. Ceci ne constitue pas un conseil juridique : seule une avocate ou un avocat peut évaluer votre responsabilité de manière contraignante.
Quelle est la différence entre mise en demeure et amende ?
Une mise en demeure est un moyen de droit civil : des associations ou des concurrents exigent une injonction plus des frais d'avocat. Une amende est une sanction pécuniaire étatique — infligée par les autorités (en France par la DGCCRF). Les deux peuvent se cumuler. S'y ajoutent des demandes de dommages-intérêts des consommateurs.
Dans quel délai dois-je réagir à une mise en demeure ?
Le délai fixé dans la mise en demeure est typiquement de 7 à 14 jours. Qui reste silencieux risque une injonction provisoire — les coûts se multiplient alors par dix. Première mesure : retirer immédiatement la publicité contestée, puis contacter un avocat spécialisé en droit de la concurrence. Ne jamais signer une déclaration de cessation sans examen juridique.
Quels termes sont fondamentalement interdits à partir du 27 septembre 2026 ?
Sont interdits par défaut toutes les déclarations suggérant une performance environnementale globale sans la prouver concrètement : « climatiquement neutre », « sans CO₂ », « neutre en CO₂ », « climatiquement positif », « neutre pour l'environnement », « neutre pour la nature », « vert », « Eco », « durable » sans spécification, « respectueux du climat » et « respectueux de l'environnement ». Restent autorisées les déclarations précises avec chiffre, année de référence et auditeur — par exemple « moins 28 % d'émissions de CO₂ par rapport à 2019, validé par DEKRA ». La liste complète se trouve dans notre glossaire des termes interdits.
La directive EmpCo s'applique-t-elle aussi aux contenus existants des années précédentes ?
Oui. Dès que la directive s'applique, à partir du 27 septembre 2026, elle vise tout contenu qui est en ligne à ce moment-là — indépendamment de la date de publication. Cela s'applique aussi aux brochures PDF, aux emballages en commerce et aux communiqués de presse archivés. La DGCCRF et les associations de consommateurs agréées parcourent systématiquement archive.org à la recherche de preuves d'infractions. Quiconque a encore en ligne des publicités « climatiquement neutre » de 2022 est attaquable en 2026.
Un contrôle de conformité unique suffit-il ou ai-je besoin d'une surveillance continue ?
Un audit unique couvre l'état actuel — mais de nouveaux contenus apparaissent en continu : articles de blog, newsletters, descriptions de produits, publications sur les réseaux sociaux. Outre l'état des lieux ponctuel, une surveillance automatisée est également possible : elle détecte les nouveaux contenus et alerte.

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Empcora est un service purement de vérification et de documentation et fournit uniquement des informations générales sur la situation juridique sur la base de la directive EmpCo (UE 2024/825) et de sa transposition en droit français — Code de la consommation (pratiques commerciales trompeuses) et loi Climat et Résilience pour les allégations environnementales, références à l'appui. Il ne s'agit pas d'un conseil juridique individuel et cela n'inclut ni la reformulation ni la rédaction de textes. Aucune responsabilité ni garantie n'est engagée quant à l'exactitude, l'exhaustivité et l'actualité de l'analyse, ni quant à d'éventuelles conséquences juridiques. L'évaluation juridique du cas particulier incombe à un cabinet ou à un avocat agréé.